Les Raisins de la Littérature

Les élèves découvrent la puissance et la beauté des paysages et du vivant à travers des lectures variées permettant de développer sensibilité, imagination et capacité à s'émerveiller.

Dans le cadre de la sensibilisation à la nature, les élèves de troisième et de seconde sont conduites à lire des œuvres où la puissance des paysages éveille l’intelligence de l'esprit et du cœur : Regain de Giono, puis Les Cosaques de Tolstoï, de la Haute‑Provence aux âpres hauteurs du Caucase. Ces traversées littéraires, éclairées par l’harmonie antique des Bucoliques de Virgile, font percevoir tout ensemble la beauté du monde et la rudesse d’une vie accordée à la terre. Fidèle à l’éducation intégrale, l’enseignement part de l’expérience sensible et de l’émotion juste, avant de conduire à l’analyse du style et à la compréhension des œuvres. En troisième, le parcours s’élargit de saint Augustin à Romain Gary, de Bazin au lyrisme médiéval et romantique, jusqu’aux univers de Balzac et de Tolkien, où la nature va du quotidien au merveilleux. En seconde, les accents celtiques (de Chrétien de Troyes à Sylvain Tesson) dialoguent avec Du Bellay, Péguy et la grande fresque de Sigrid Undset. Dès la sixième et la cinquième, Jules Verne ouvre les horizons, puis Julie Lavergne et Régine Pernoud apprennent à lire, dans les « fleurs » du patrimoine comme dans le rythme des saisons médiévales, la beauté du vivant et le sens d’un héritage.
La nature dans les Regrets du poète du Bellay
Les Raisins de la Littérature

La nature dans les Regrets du poète du Bellay

Comment l’émerveillement devant la nature se traduit-il dans les regrets ? Dans Les Regrets, l’émerveillement devant la nature relève d’abord du lyrisme : il exprime une expérience intérieure (souvent l’apaisement, la mémoire, le désir du “chez-soi”). Mais cet émerveillement prend aussi valeur de contrepoint satirique : la nature, par sa vérité simple, met en accusation implicite le monde des apparences (Cour, intrigues, vanités). La singularité de Du Bellay est d’inscrire cette double dynamique dans une écriture volontairement sobre, selon sa formule d’une poésie proche d’une “prose en rime” : une parole qui vise moins l’ornement que la justesse. 1) Un lyrisme de l’exil : nature nostalgique et consolatrice L’émerveillement n’est pas une fête permanente : il est coloré par l’exil. La nature aimée est souvent celle du pays natal, donc retrouvée par la mémoire, idéalisée par l’absence. Elle devient : • nostalgie : la beauté du paysage se confond avec le regret d’un ordre perdu (simplicité, paix, fidélité) ; • consolation : face à l’ennui et à l’usure morale du séjour lointain, la nature offre une mesure, un repos, une « vérité » sensible. Ainsi, la nature est moins un décor qu’un refuge intérieur : elle permet au « je » de se reconstituer. 2) La simplicité comme esthétique : dire vrai plutôt que briller Du Bellay cherche une diction plus directe, plus proche de la parole ordinaire élevée par le vers : d’où l’idée de « prose en rime ». Concrètement, cela se traduit par : • un lexique concret (choses, lieux, sensations), qui produit un effet de présence ; • des comparaisons simples (souvent plus persuasives que l’ornement précieux), qui privilégient le “vrai” éprouvé ; • une syntaxe fluide, parfois ample, qui ressemble à une phrase de prose mise en vers : on suit la pensée, on entend la voix. Cette obriété s’oppose à une poésie uniquement décorative : la beauté vient de la justesse (sentiment + mesure), non de l’accumulation d’effets. 3) Une musicalité discrète : peindre et faire entendre le paysage Même dans la simplicité, la nature est travaillée par la forme : • allitérations/assonances : elles accompagnent la douceur, le souffle, l’étendue, sans recherche de virtuosité gratuite ; • alexandrin “déployé” : sa longueur permet d’étendre le regard (perspectives, horizons) ; la césure organise une respiration qui peut mimer la contemplation ; • rythme : un rythme plus lent, plus coulant (phrases étirées, enjambements possibles) donne l’impression de continuité et de calme. On obtient une poésie à la fois simple et construite : une simplicité conquise par la technique. 4) La satire en contrepoint : la nature comme critique implicite de la Cour La nature ne sert pas seulement à consoler : elle dénonce par contraste. En montrant un monde naturel sans masque (saisons, lumière, cycles), le poète révèle la fausseté d’un monde social gouverné par : • l’apparence, la flatterie, l’intérêt ; • l’agitation stérile et la comédie des rôles. Le procédé est satirique sans être forcément « comique » : c’est une satire par opposition (nature = mesure, vérité ; Cour = artifice, instabilité). L’émerveillement devient alors un jugement : ce qui est beau et simple apparaît comme ce qui est bon à préférer. Bilan Dans Les Regrets, l’émerveillement devant la nature est souvent nostalgique et consolateur : la nature du pays natal devient un lieu de mémoire et une norme de vérité. Par l’ampleur de l’alexandrin, les images de saisons/lumière et une musicalité travaillée, Du Bellay produit une poésie moins décorative que juste, où la célébration du naturel sert aussi, par contraste, une critique du monde des apparences. <i>Sandro Boticelli, Le printemps, tempera et plâtre sur bois, vers 1480</i>

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La nature dans la Tragédie au Grand Siècle
Les Raisins de la Littérature

La nature dans la Tragédie au Grand Siècle

6. La nature : un décor rarement montré, mais très présent par la parole. Dans le théâtre classique français, la nature apparaît peu comme décor réel : les règles (notamment l’unité de lieu) et les usages scéniques privilégient des espaces stables et « nobles » (palais, antichambre, temple, salle du trône). Les changements de lieux et les paysages (mer, forêt, campagne, champs de bataille) sont donc le plus souvent hors scène. En revanche, la nature occupe une place importante dans les récits rapportés et dans l’imaginaire du spectateur : • Rendre visible l’invisible : les récits (de messager, d’un confident, d’un personnage) « font entrer » sur scène des événements extérieurs (voyage, fuite, tempête, nuit, bataille) que l’on ne peut pas montrer sans rompre les bienséances ou la vraisemblance. • Créer une atmosphère : la nuit, l’orage, la mer, le feu, les ténèbres, le soleil, les vents servent à installer une tonalité (menace, fatalité, secret, urgence). • Refléter les passions : la nature devient un langage indirect des émotions (tempête = trouble intérieur, feu = passion, chaînes = contrainte, nuit = désespoir ou crime). Cette « nature imagée » amplifie la tension tragique. • Ancrer l’action dans le temps et l’espace : mentions de l’aube, du soir, d’un port, d’un rivage, d’un tombeau, d’un camp… Elles renforcent l’impression de réalité tout en respectant la scène unique. Ainsi, dans la tragédie classique, la nature est moins un décor à voir qu’un décor à entendre : elle existe surtout par la puissance évocatrice du vers et par les récits, qui étendent l’espace dramatique bien au-delà du lieu unique de la représentation. <i>Illustration : Les Adieux d'Hector à Andromaque - Johann Heinrich Wilhelm TISCHBEIN, 1812. huile sur toile, détail</i>

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Matinée d'hiver pour prolonger Bounine
Les Raisins de la LittératureLes Raisins des Langues vivantes

Matinée d'hiver pour prolonger Bounine

Dans le prolongement du corpus Récit d'enfance et de jeunesse, les élèves ont été invitée à apprendre le poème de Pouchkine "Matinée d'hivers", poète auquel l'extrait étudié de Bounine faisait échos Зимнее Утро Matinée d’Hivers Мороз и солнце ; день чудесный ! Еще ты дремлешь, друг прелестный – Пора, красавица, праснись : Открой сомкнуты негой взоры Навстречу северной Авроры, Звездою севера явись ! Gelées et soleil, quel jour merveilleux ! Tu sommeill’encor, ami délicieux1 – Il est temps ma belle, qu’enfin tu t’éveilles : Que s’ouvrent tes yeux finement fermés Devant l’étoile dite du Berger, L’aube boréale appert émerveille. Вечор, ты помнишь, вьюга злилась, На мутном небу мгла насилйсь ; Луна, как бледное пятно, Сквозь тучи мрачные желтела, И ты печалная сидела – А нынче… пагляди в окно : Hier, souviens toi, rageaient les flocons, Sur le ciel troublé, brume en tourbillons ; Alors la lune, tache délavée Par l’obscure nue, blême, jaunissait Assise chagrine, telle tu restais – Mais dés à présent… vois par la croisée : Под голубыми небесами Великолепными коврами, Блестя на солнце, снег лежит ; Прозрачный лес один чернеет, И ель сквозь инией зеленеет, И речка подо льдом блестит. Sous les cieux d’azur du grand firmament Splendide et moelleux un tapis s’étend, Brillant au soleil, la neige repose ; La claire forêt seule s’obscurcit, À travers le givre, le sapin verdit Sous glace brillant’, le cours d’eau s’expose. Вся комната янтарным блеском Озарена. Веселым треском Трещит затопленная печь. Приятно думать у лежанки Но знаешь : не велеть ли в санки Кобылку бурую запречь ? En toute la chambr’, jaillit en éclat Des lueurs ambrées. En joyeux fracas Craque dans l’âtre, la lourde brassée. Douceur de rêver lové bien au chaud. Mais sais-tu déjà : dans le prompt traîneau, Si nous retiendrons notre jument baie ? Скользя по утреннему снегу, Друг милый, предадимся бегу Нетерпеливого коня И навесеим поля пустые, Леса, недавно столь густые, И берег, милый для меня. Je glisse dans la neige du matin Et je me livre à la course sans fin Du fougueux cheval, ami agréable, Et nous ne croisons qu’un champ vide et nu, Les bois, il y a peu, étaient bien touffus Et la belle rive m’était agréable. 1829 Александр Пушкин Alexandre Pouchkine 1. Le masculin, utilisé par Pouchkine, est adressé à une femme.

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Œdipe à Colone
Les Raisins de la LittératureLes Raisins du Théâtre

Œdipe à Colone

Dans Œdipe à Colone, la nature, lieu sacré, devient comme une demeure d’accueil. Le vieux roi aveugle, conduit par Antigone, parvient au bois consacré aux Euménides ; l’ombre, les sources, les oliviers, le chant des oiseaux composent un paysage qui impose le respect et appelle au silence. À mesure que le drame avance, ce cadre naturel révèle un ordre plus haut : à la violence de l’histoire répond une paix mystérieuse, et l’exilé trouve enfin une place. La pièce fait ainsi passer de l’émotion tragique à une intelligence plus profonde du destin, de la limite humaine et de l’hospitalité. La beauté du lieu porte la pensée : elle ouvre à une connaissance qui n’explique pas tout, mais qui éclaire et apaise.

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Souvenir de jeunesse...
Les Raisins de la LittératureLes Raisins des Langues vivantes

Souvenir de jeunesse...

En complément à notre corpus documentaire "Récits d'enfance et de jeunesse", nous avons écouter le poème d'Anjela Duval mis en musique "Karantez vro" (L'amour du pays). Ce dernier nous permettant d'entendre de manière lyrique que le jeunesse est un espace-temps de prise de décisions pouvant orienter toute une vie. https://youtu.be/ZH2yj3cdRIc?si=Uf2RHmOabp5QxOz4 Karantez vro (L'amour du pays) est un poème breton d'Anjela Duval (1905-1981) mis en musique par Véronique Autret du groupe Gwalarn. Le poème raconte la blessure de jeunesse au cœur d'une femme qui n'a pas voulu quitter sa Basse-Bretagne pour suivre le marin qu'elle aimait. Lui aimait « les villes, les mers profondes, les pays lointains » alors qu'elle préférait les campagnes de son pays. Traduction : Dans un coin de mon cœur il y a une cicatrice que je porte depuis ma jeunesse. Parce que malheureusement celui que j'aimais n'aimait pas ce que j'aimais. Lui n'aimait que les villes, les mers profondes, les pays lointains et je n'aimais que les campagnes, les campagnes si belles de ma Basse-Bretagne. Il a fallu choisir entre deux amours, l'amour du pays, l'amour de l'être aimé. J'ai consacré ma vie à mon pays et laissé partir celui que j'aimais. Depuis je ne l'ai plus jamais revu, jamais entendu parlé de lui. La cicatrice dans mon cœur est restée il n'aimait pas ce que j'aime. Chacun doit suivre son Destin, Telle est la loi en ce monde Certes mon cœur fut meurtri mais il n'aimait pas ce que j'aime. A lui la richesse , les honneurs ; A moi pauvreté et mépris. Mais je ne troquerais pour nul trésor, Mon pays, ma langue et ma liberté.

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Diaporama d'accompagnement du cours : Ma Tante Giron de René Bazin, entre autobiographie et pastorale
Les Raisins de la LittératureLes raisins de l'Histoire de l'Art

Diaporama d'accompagnement du cours : Ma Tante Giron de René Bazin, entre autobiographie et pastorale

Thème : Se chercher, se construire Chapitre 2e : Quelle place la nature peut-elle prendre dans la construction de soi ? Ma Tante Giron se présente comme un roman à résonance autobiographique où l’enfance se forme sous l’autorité affectueuse d’une tante vigilante. René Bazin y esquisse une pédagogie complète : l’esprit éveillé par les récits, la lecture et l’exactitude des mots ; le corps réglé par le travail, la marche, les tâches du jour ; le cœur discipliné par la bonté, la pudeur, la gratitude; l’âme conduite, sans tapage, par les rites, les saisons liturgiques, les signes du pays chrétien. La nature y sert d’école : chemins, vergers, rivières instruisent autant que les leçons ; ils impriment une morale de patience et de courage. Dans cette perspective catholique, traditionnelle sans dureté, la règle s’allie à la tendresse, et l’exemple vaut mieux que le discours. La narration, simple et pure, laisse au lecteur le sentiment d’une éducation harmonieuse, où la langue, claire et exacte, devient elle-même instrument de formation. <i>Illustration : La chasse aux papillons, Alexandre Averine, XXe-XXIe siècle</i>

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Diaporama d'accompagnement du cours : Les accents celtes de la littérature française, du Moyen-Âge au XXIe siècle
Les Raisins de la LittératureLes raisins de l'Histoire de l'Art

Diaporama d'accompagnement du cours : Les accents celtes de la littérature française, du Moyen-Âge au XXIe siècle

Thème 2 : Le roman et le récit du XVIIIe au XXIe siècle Chapitre 1er : Comment l’émerveillement devant la mystérieuse nature prend-il des accents celtes dans la littérature ? La littérature française, du Moyen Âge à nos jours, s’est souvent nourrie de l’imaginaire celte, où la nature apparaît comme un lieu de mystère et de magie. Forêts, sources et landes deviennent le théâtre d’émerveillements et de rencontres surnaturelles, hérités des légendes anciennes. Explorer cette question, c’est interroger la façon dont la tradition celte a façonné notre regard sur la nature et le merveilleux. <i>Illustration : peinture de l’artiste préraphaélite John William Waterhouse, intitulée La Damoiselle (Lady) de Shalott (1888)</i>

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